
ou la solitude du plongeur !
Dans certains domaines, les opinions personnelles ne sont parfois pas toujours bonnes à exposer où comment faire du politiquement incorrect, là où des certitudes sont gravées dans le marbre depuis de nombreuses années…
Un des domaines les plus sensibles dans de nombreuses activités, est la sécurité ! En plongée sous-marine, c’est bien connu, il ne faut jamais plonger seul, car en cas d’incident, le partenaire de plongée vient nous porter assistance et nous remonte en respectant tous les protocoles de remontée vers la surface.
Dans de nombreuses activités ou dans la vie de tous les jours, on peut enfreindre les règles ou même les lois ; l’important étant de ne pas se faire prendre ! Vous pouvez rouler à 200 km/h avec votre moto sur une départementale, mais si vous vous faites arrêter, vous perdez votre permis, votre véhicule et parfois même votre emploi …
En plongée, c’est simple, si vous ne respectez pas les procédures de remontée ou les protocoles en cas d’incident ou d’urgence, vous perdez la vie !!! Heureusement que notre compagnon de plongée est là pour nous porter assistance. Mais, en sommes-nous si sûrs ?

Depuis plus de 34 ans que je pratique cette activité comme plongeur, guide de palanquée, moniteur fédéral et d’état professionnel, formateur de plongeurs et de moniteurs et aussi plongeur technique aux mélanges et aux recycleurs (c’est un peu technique, je sais !) et affichant 4000 plongées en France et de par le Monde, j’ai pu me faire ma propre opinion d’une plongée qui se déroule en toute sécurité …
Lorsque vous êtes » l’encadrant » en plongée (le guide de palanquée ou le moniteur en formation), les plongeurs qui se trouvent avec vous se sentent bien encadrés et en sécurité, car s’il leurs arrive quelque chose, le moniteur est présent pour porter assistance et régler l’urgence de la situation. De même, lorsque vous plongez avec des compagnons de palanquée pour effectuer une belle exploration, vous vous sentez de part votre » niveau » et votre expérience, dans l’obligation de gérer la plongée et vos compagnons vous laisse cette responsabilité sans montrer une quelconque opposition d’ailleurs ! (contrôle des quantités de gaz restantes – gestion de l’orientation et du parcours en fonction de l’autonomie, des courants éventuels, du lieu de sortie et bien sûr des protocoles de remontée et de décompression éventuelle). Bref, vous êtes responsable, concentré, attentif et donc, vous n’êtes pas » zen » !

Au cours de ces nombreuses plongées d’encadrement, je me suis souvent amusé à simuler un malaise, une perte de connaissance, un lâcher de détendeur et je me suis toujours retrouver face à des compagnons de plongée impassibles et incroyablement dubitatifs face à ces » drôles » de situations !
En d’autres termes, vous êtes le moniteur ou le guide et bien, vous pouvez vous noyer et mourir tranquille !
Au cours de mes années comme moniteur professionnel, j’ai parfois été dans l’obligation de plonger seul pour assurer le mouillage du bateau support de plongeurs sur une épave par exemple à des profondeurs parfois au delà de 50 mètres.
De même, j’ai effectué de nombreuses plongées avec des photographes ou vidéastes sous-marins pour assurer leur sécurité (les photos présentes sur cette page en sont un bon exemple) ; et bien, je vous confirme que le photographe ou le vidéaste ne voit qu’à travers son écran et vous oublie totalement… Comme celui-ci peut passer plus d’une vingtaine de minutes sur le même sujet, j’en profitais pour effectuer mon exploration de l’épave ou des lieux alentours en ayant aucune contrainte à part assurer ma propre sécurité ! Alors, ne serais-je pas plus en sécurité lorsque je plonge seul ? Et pourquoi ?

Sur les 4000 plongées que j’ai effectuées, j’ai plongé une centaine de fois en plongée » solo » parfois dans les cales d’un navire reposant à une cinquantaine de mètres de profondeur et oui, je me sens plus en sécurité lorsque je plonge seul !
Explications :
Ce que peu de personnes savent et que même certains plongeurs ne savent pas, c’est que des formations à la plongée solo existent. Au cours de ces formations, vous apprenez les différentes techniques de la plongée solo ! Mais pour moi, la technique est une chose, mais le plus important c’est ce qui se passe dans votre tête. On n’apprend pas à être un plongeur solo, on le devient ! Et on le devient grâce à une seule et unique chose : L’expérience. Cette expérience qui depuis des années et les nombreuses situations rencontrées au cours des plongées, à sculpter notre cerveau pour acquérir des automatismes et savoir comment réagir dans telle ou telle situation.

Pourquoi suis-je en sécurité en plongée solo ?
Parce que je suis seul responsable de ce qui peut m’arriver ! Donc :
Je possède un matériel de plongée parfaitement entretenu et révisé.
Tout le matériel est redondant : 2 ordinateurs de plongée pour le contrôle de la décompression – 2 blocs séparés indépendants ou un recycleur avec ses bails-out (blocs de secours) – 2 masques de plongée à ma vue – Plusieurs sources de lumières – Un dévidoir (100 mètres de câble) et tout le matériel nécessaire à une plongée d’exploration.
Ma condition physique ne doit pas être bonne mais excellente !
Si je ne » sens » pas la plongée, alors je ne descends pas et je ne risque pas de décevoir d’autres plongeurs que j’aurais du encadrer !
Toute mini-manifestation anormale pendant la plongée (légère fuite de gaz – légère fatigue ou vertige – doute sur l’orientation ….) entraîne la remontée immédiate. Lorsque vous plongez avec d’autres personnes, vous hésitez toujours à manifester un quelconque problème, de peur d’écourter ou de gâcher la plongée de vos compagnons…

Mais quelle récompense !
Je passe le miroir entre l’air et l’eau et je m’incline vers le bas. Au cours de la descente vers l’épave, je vérifie rapidement la disposition de mon matériel. Je suis un extra-terrestre sur la terre ou plutôt sous la mer ! Plus de pesanteur, je ne respire plus pareil, je ne vois plus pareil, je ne me déplace plus de la même façon, l’orientation est maintenant en 3 dimensions.
Sur le fond, je devine une ombre qui se dessine au fur et à mesure que je descends. Le navire est là, posé sur le fond, victime d’une guerre de trop. Je me stabilise au-dessus du pont du navire, je reconnais un treuil sur la partie avant. Je contrôle mes paramètres : Profondeur, quantité de gaz dans les bouteilles…
Je suis seul. Comme l’astronaute qui fait une sortie dans l’espace et s’émerveille devant la planète bleue, j’admire l’épave et découvre ses entrailles. Cales profondes remplies de matériels de guerre et autres objets concrétionnés, je suis sur cette autre planète et je n’ai à me soucier que de mes propres paramètres et de ma propre sécurité. Je suis serein et le bonheur est intense…
Le bonheur présent aussi lorsque le photographe et le plongeur interrompent leur travail de photographies pour sauver une cigale des mailles d’un filet de pêche, élément artificiel créé de la main de l’homme pour tuer la vie marine si fragile !